La Bataille de la Planta (suite)

Il y a quelques semaines, nous abordions le contexte qui mena à la fameuse Bataille de la Planta le 13 novembre 1475 ( c’était ici). On en avait appris un peu plus sur Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, que l’on avait qualifié de grosse brute et qui se rebellait contre le pouvoir du roi de France. Sur la fin du texte, on touchait du doigt le rôle du Valais dans les guerres de Bourgogne et, surtout, on résolvait enfin l’énigme de la rivalité entre les villages de Savièse et Conthey, laquelle prend sa source dans un maudit ruisseau! Voici donc la suite de l’histoire.

 

Chacun son camp

Dans cette deuxième partie du 15ème siècle, les guerres de Bourgogne étaient donc au cœur de toutes les préoccupations et chacun choisissait son camp. En Suisse, les Confédérés s’étaient rangés du côté du roi de France alors que leurs ennemis héréditaires, les Habsbourgs, avaient, dans un premier temps, rejoint Charles le Téméraire avant de tourner leur veste aussi vite que Manuel Valls après l’élection de son nouveau pantin de président. A l’époque, la Savoie était dirigée par une régente, Yolande de France, suite à la mort prématurée du duc Amédée IX. Yolande, ce n’était pas n’importe qui. En effet, elle était la fille du roi de France et donc, logiquement, la sœur du souverain du moment. Malgré ces liens familiaux prestigieux, notre chère Yolande préféra trahir son frère et prendre le parti du duc de Bourgogne, ce bon vieux Charles le Téméraire. Dans le camp du Téméraire, se trouvait également les Milanais, lesquels voulaient à tout prix passer par le col du Simplon afin de rejoindre les armées bourguignonnes. Cependant, l’évêché de Sion ayant décidé de suivre les Confédérés dans leur soutien au roi de France, l’accès au col était interdit aux Milanais, ce qui créa de nombreuses tensions sur la frontière. Pour en rajouter une couche, la fameuse querelle de clocher entre Conthey et Savièse s’envenimait de jour en jour! Pour une histoire de terres mal délimités, les Contheysans (appartenant à la Savoie) et les Saviésans (appartenant à l’évêque de Sion) n’hésitèrent pas à en venir aux mains à de nombreuses reprises. Il y eut plusieurs morts. Tout ça pour une foutue rivière…. De quoi alimenter les engueulades de bistrot de nos jours encore!

Camp Valaisan

Tout ce petit monde était donc sur les dents et il n’en fallut que très peu pour le feu d’artifice éclate dans la plaine du Rhône. Excédé par les rivalités autour de la Morge, la maison de Savoie envoya l’armée de l’évêque de Genève (lequel était savoyard également) à Conthey afin de montrer à ces sauvages de Valaisans qu’ils ne faisaient pas le poids face à la force de frappe ennemie (10’000 hommes tout de même). Comme quoi, ces Genevois…. L’évêque de Sion, Walter Supersaxo, ne se laissa pas démonter et vit la situation comme la tant attendue opportunité de chasser une bonne fois pour toute ces pots de colle de Savoyards qui, depuis plus d’un siècle, avait la mainmise sur la partie basse du canton.

 

La bataille

En ce 13 novembre 1475, les tensions avaient atteint leur comble et l’ordre fut donné à l’armée savoyarde de se ruer sur la ville de Sion. A Savièse, de nombreux hameaux étaient déjà en flammes suite au détachement d’une troupe ennemie, et la panique était générale. Cependant, il était hors de question pour les Sédunois de laisser, comme à l’époque du Comte Vert (on en parlait ici), leur ennemi héréditaire mettre la cité à feu et à sang. Les Patriotes, ces puissants citoyens hauts-valaisans arrivèrent à la rescousse de la capitale mais leur faible nombre s’ajoutant aux quelques 300 guerriers sédunois était insuffisant face aux 10’000 Savoyards. L’empoignade générale fut terrible et l’armée de Savoie semblait bien trop grande pour les fiers Valaisans. Heureusement, la surprise vint de la montagne avec la tonitruante arrivée des alliés Bernois et Soleurois qui attaquèrent les ennemis du Valais par le flanc. Comme quoi, les Bourbines peuvent être utiles! Pour terminer le boulot, des troupes du Pays-d’En-haut débarquèrent avec fracas pour terminer d’encercler les Savoyards et leurs alliés. Ces derniers, dont les rangs comptaient un grand nombre de nobles de Bex, d’Aoste ou encore de Faucigny, s’étaient amusés à narguer les Sédunois en envoyant des lettres méprisantes à l’évêque durant les jours précédant la bataille. Du coup, c’est ce qu’on appelle se faire rabattre le caquet!

bataille planta

La débandade fut immédiate, les hommes de l’évêque de Genève et du Duc de Savoie sonnant la retraite en catastrophe afin de sauver les meubles. Faites vous plaisir et imaginez le tableau : Nobles savoyards et genevois fuyant ventre à terre à travers la plaine du Rhône, poursuivis sans relâche par les Valaisans et leurs alliés qui, la rage au ventre, ne leur font aucun cadeau. Ceux qui n’ont pas de chevaux n’ont aucune issue et sont achevés sur place. Plus de trois cents nobles périssent, pour citer Maurice Zermatten : « … leur beau sang bleu coule en ruisseau dans les vergers. Mille hommes d’armes rendent à Dieu leur âme mercenaire. Les Valaisans, enfin, tiennent une grande victoire. Ils l’exploitent magnifiquement. »

Après la bataille

L’armée épiscopale et ses alliés firent courir leurs ennemis sur des dizaines de kilomètres, faisant flamber les forteresses de Conthey, Ardon, Saxon, Saillon et la Bâtiaz. Les populations locales se rangèrent du côté de l’évêque et, au printemps de 1476, les Valaisans continuèrent leur conquête jusque dans le Chablais, poussant même jusqu’aux portes de Genève avant d’accepter de revenir sur leurs pas. En gros, le succès était sans précédent et le Valais ne serait plus jamais le même.

Les Hauts-Valaisans prirent, suite à la victoire, le dessus sur le canton, ce qui durera durant de longues années. Les francophones bas-valaisans mettront d’ailleurs du temps avant de parvenir à obtenir l’égalité et, comble du mauvais gout, l’allemand devint la langue dominante à Sion après la bataille de la Planta! Heureusement, l’histoire remettra les choses en ordre mais ça, c’est pour une autre fois.

gravure sion

 

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Un commentaire

  1. […] « 1352: Un médecin contre la tyrannie » de Philippe Favre est une petite merveille! L’auteur plante le décor du Valais du 14ème siècle avec brio, nous donnant une leçon d’histoire au passage. Au fil des pages, nous découvrons une société féodale compliquée, où les assassinats de couloir et les soulèvements populaires font partie du quotidien. Le personnage principal est le docteur (ou plutôt le physicus, selon la terminologie de l’époque), Guillaume Perronet, un homme qui a malheureusement été oublié des livres d’histoire alors qu’il s’agit d’un véritable héro de notre région. Sur le quatrième de couverture, on le compare même à William Wallace. Guillaume Perronet a insufflé le désir de liberté dans le cœur du peuple valaisan à une époque où le canton était déchiré entre le pouvoir de l’évêque, du comte de Savoie ainsi que des nobles locaux. Si vous avez apprécié le début de ma série d’articles sur le sujet, ce roman vous plaira certainement. Liens vers les articles : Première partie Deuxième partie Troisième partie Bataille de la Planta 1 Bataille de la Planta 2 […]

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