Le Valais au temps des bûchers aux sorcières

 

« A L’OMBRE DES COLLINES », roman historique, sortie prévu en décembre 2017

De quoi on va parler dans ce roman, mis à part cette fameuse histoire de bataille de la Planta? C’est vrai que je vous rabâche les oreilles avec la Planta et, bien qu’il s’agisse du moment phare du bouquin, il se passe tout un tas de trucs avant d’arriver jusque là. Par exemple, vous saviez qu’à l’époque, en Valais, on appréciait particulièrement la chaleur d’un bon feu de bois? Mais oui, vous savez, ces grands brasiers allumés sur la place publique et alimentés par deux ou trois citoyens du bled? Comme un peu partout en Europe, les accusations d’hérésie tombaient pour un oui ou pour un non et les dirigeants n’hésitaient pas à régler leurs contentieux de la sorte… c’est vrai que ça nettoie propre en ordre.
Du coup, on retrouve quelques scènes décrivant ces joyeusetés dans « A l’ombre des collines ». Je vous laisse donc en découvrir un petit extrait, dans lequel vous ferez pour la première fois connaissance avec Sebastian et Lucien, les deux personnages principaux.
Pour pré-commander le roman, c’est par ici :https://audreymoulin.com/2017/08/23/a-lombre-des-collines-pre-commande/

« Sion, novembre 1466 :

Le froid automnal semblait ne pas atteindre la foule sédunoise en cet après-midi de novembre. La fièvre populaire la réchauffait. L’excitation du divertissement à venir, de la démonstration d’une justice impitoyable, faisait circuler un courant d’adrénaline pure à travers les rangs. Bientôt, les sorciers seraient amenés sur le bûcher. 
La veille, les bourgeois de Sion s’étaient rassemblés sur le Grand-Pont, comme le veut la loi, pour confirmer la sentence suite aux aveux des accusés, obtenus sous la torture. Les buchers qui se multipliaient un peu partout en Valais asseyaient le pouvoir épiscopal, le symbolisant dans son rôle de représentant direct de Dieu. De plus, la foule aimait le spectacle. Il n’y avait rien de tel que ce genre de croisades pour divertir le peuple, tout en rappelant à chacun que l’état pouvait le punir, s’il s’éloignait de Dieu. 
Les bourgeois, le major, le vidomne, les châtelains et chevaliers étaient évidemment présents et, au milieu de ces gens de bonne famille, se trouvait Sebastian Asperlin accompagné de Lucien Héritier, son fidèle serviteur. Sebastian, en tant qu’acteur du pouvoir en devenir, n’avait d’autre choix que de se faire voir. Pourtant, le jeune homme de quinze ans désapprouvait en silence. Jamais il n’aurait osé s’exprimer ouvertement sur un sujet si délicat. Sa famille était en partie tombée en disgrâce à cause des actions de son oncle, Rodolphe Asperlin, lequel était en conflit avec le Prince-Evêque au sujet d’une affaire d’héritage dans le Val d’Anniviers. En s’opposant au chef militaire et religieux du pays, Rodolphe Asperlin avait attiré les foudres épiscopales sur les Anniviards qui avaient été assez fous pour le soutenir. Sebastian marchait donc sur des œufs. Son père, Jean, l’avait prévenu. Il lui incombait de laver l’honneur de la famille en étant loyal à l’évêque Walter Supersaxo en toutes circonstances et ainsi, être un jour nommé à un poste important afin de rendre sa splendeur au nom des Asperlin. Selon la rumeur, Rodolphe songeait à quitter le pays et Sebastian espérait qu’il le ferait, afin que la pression qui l’accablait s’allège un peu. Le jeune Asperlin avait bien conscience qu’il servait de monnaie d’échange entre son père et l’évêque, ce qui le rendait terriblement malheureux. Il n’était cependant ni étonné, ni indigné par le fait que son père l’utilise ainsi, habitué à la froideur cynique et calculatrice de Jean Asperlin. Ce qu’il ne supportait pas, c’était l’idée que son avenir ait été tracé pour lui, sans son accord.
(…)
Petit à petit, les condamnés approchaient de l’échafaud. Lucien pouvait observer distinctement leurs visages. Épuisés, résignés, effrayés, ils parvenaient néanmoins à placer un pied devant l’autre. Ils étaient trois, un homme et deux femmes, tous extrêmement sales et habillés de haillons. Lucien ne pouvait s’empêcher de ressentir de la pitié pour ces pauvres gens. Malgré tout, il voulait croire que Walter Supersaxo n’agissait pas de la sorte pour rien. Si une telle inquisition avait cours en Valais depuis plusieurs mois, il devait y avoir une bonne raison. Le jeune homme se répétait régulièrement cette phrase réconfortante mais, au fond de lui, le doute subsistait. Il tourna la tête vers Sebastian. Le jeune bourgeois regardait fixement devant lui, le visage neutre et fermé. Un coup d’œil à son ami suffit à faire redoubler les doutes de Lucien de plus belle. 
Les trois malheureux gravirent tant bien que mal les escaliers de la plateforme en bois, tous tremblaient et deux d’entre eux se mirent à pleurer doucement. L’une des femmes restait cependant stoïque, toisant la foule d’un regard accusateur. Elle était jeune, vingt-cinq ans ou moins, et sa chevelure folle, d’un châtain foncé relevé de reflets dorés, lui donnait un air sauvage et intimidant. Elle semblait insensible à ce qui allait lui arriver. Elle fixa longuement le bourreau droit dans les yeux à travers les fentes de la cagoule dont il était affublé. Elle arrêta ensuite son regard sur la zone où se trouvaient Lucien, Sebastian et le reste du beau monde et leur sourit, d’abord discrètement, puis de toutes ses dents avant de se mettre à rire de plus en plus fort. Elle avait un rire magnifique, communicatif, qui claquait dans l’air comme un coup de fouet. Le bourreau la frappa au niveau des côtes pour la faire taire et elle cessa de ricaner. Cependant, en relevant la tête elle se tourna à nouveau vers la haute société de Sion pour hurler sa révolte.

– Bande de salopards ! Lâches ! T’es un lâche Supersaxo, tu m’entends ! Tu nous assassines ! C’est toi qui brûleras en enfer.

Le silence s’abattit sur la foule. Les paysans étaient bouche bée tandis qu’un murmure de peur et de désapprobation se répandait parmi les bourgeois. On parlait de malédiction, d’œuvre du diable. Lucien tremblait, bouleversé par le sort de cette femme. Pouvait-elle vraiment être maléfique ? Il jeta un autre coup d’œil à Sebastian. Il n’avait pas bronché mais il souriait en regardant la jeune femme, sans sourciller. Discrètement, Lucien le vit discrètement hocher de la tête, comme pour approuver le comportement de la sorcière présumée. Cette dernière le repéra dans la foule et fixa son regard au sien. Sebastian ne cessait de sourire, comme pour l’encourager alors que le bourreau l’attachait au bucher. Il fit de même avec les deux autres condamnés, les saucissonnant à un poteau de bois, de la paille jusqu’aux genoux. Les camarades d’infortune de la jeune femme baissaient la tête et continuaient à pleurer en silence. Elle maintint son regard dans celui de Sebastian, lequel le lui rendait. Il serrait les dents, animé d’une colère froide contre le sordide spectacle qui se déroulait devant lui.
Après la lecture des chefs d’accusation, le bourreau empoigna une torche et, froidement, embrasa les bûchers l’un après l’autre. Les deux premiers condamnés hurlèrent immédiatement de terreur, puis de douleur, lorsque les flammes commencèrent à leur lécher le corps. La jeune femme faisait preuve d’une bravoure surhumaine et ne laissait échapper aucun son. Lucien trouvait la scène intenable et détourna le regard durant quelques secondes, juste le temps d’apercevoir que Sebastian tenait ses poings serrés et respirait très fort. Il était hors de lui mais tentait de se contenir. Plus les flammes grandissaient, plus les cris des condamnés se faisaient stridents. Puis, ils se turent. Lucien releva la tête et vit qu’ils n’étaient plus que des torches humaines. Il eut le temps de croiser une dernière fois le regard de la jeune femme avant qu’elle ne disparaisse dans le brasier. Elle ne fléchissait pas. Lucien sentit la violence du froid de novembre, malgré la chaleur du bûcher. Ce froid semblait pénétrer jusqu’au plus profond de son corps, dans ses os, son cœur, jusqu’à son âme. 
La foule commença à se disperser. Le spectacle était terminé. Sebastian était toujours immobile, les yeux rivés sur le brasier. Lucien lui donna un coup de coude afin de le ramener à la réalité. Le haut-valaisan sursauta et tourna la tête vers son ami.

– Tu as vu le courage de cette femme ? chuchota-t-il. C’est incroyable. 
– Oui, je n’avais jamais rien vu de la sorte, rétorqua Lucien en posant son regard sur ce qu’il restait du bûcher. 
– Quel était son nom ? Je n’ai pas entendu le bourreau le dire.
– Marie-Luce Bonnard, du Val d’Anniviers. 
Sebastian ricana, tremblant de colère.
– Du Val d’Annviers, soupira-t-il. Encore une victime du conflit entre mon oncle et Supersaxo. 
– Tu crois vraiment que Monseigneur Supersaxo condamnerait des gens à mort à cause de sa querelle d’héritage avec ton oncle ? interrogea Lucien, agacé mais pourtant rongé par le doute. 
– Bien sûr que oui, répondit Sebastian sèchement.

Sans ajouter un mot, les deux jeunes hommes prirent la direction de la Majorie. « 

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