Visiter la vieille-ville de Sion : itinéraire

Le centre de Sion n’usurpe pas le moins du monde l’adjectif « VIEILLE » dans vieille-ville. En effet, cette petite cité des Alpes, considérablement méconnue, possède 10’500 ans d’histoire. Tous les archéologues du monde connaissent Sion pour les fouilles extraordinaires effectuées au cours des dernières décennies. Ses presque 11’000 d’histoire la placent parmi les plus vieilles villes du monde. Et pourtant, la plupart des Sédunois l’ignorent. Pourquoi? Je vois deux raisons à cet état de fait. La première est que le Valais, jusqu’aux années soixante, était un canton très agraire (bien qu’il le soit toujours, à moindre mesure) avant de devenir une destination touristique misant tout sur ses magnifiques montagnes. Les vieilles pierres cachées sous nos pieds ou même celles qui composaient les ruines de nos monuments n’étaient pas au centre des préoccupations! La deuxième raison réside pour moi dans la manière dont les Sédunois et, au sens plus large, les Valaisans (Sion étant la capitale du canton du Valais) se voient eux-mêmes. Beaucoup pensent que nous ne possédons pas beaucoup de culture, que notre histoire n’est pas digne d’intéret, que seules nos montagnes et nos vignes témoignent de notre identité. Et pourtant, une petite journée à arpenter la vieille-ville de la capitale suffit à prouver le contraire! Partons donc sur les traces des Sédunois d’antan.

Première étape : La place de la Planta

Bien que cette place soit un peu tristounette de nos jours, il s’agit d’un lieu central de la vie à Sion. C’est ici que prend place le Carnaval, ici que nous fêtons les titres du FC Sion depuis nos premiers émois dans les années soixante, ici que le club disputa d’ailleurs ses premiers matchs il y a plus de cent ans et c’est ici que le destin du Valais tout entier se joua, le 13 novembre 1475. En ce jour fatidique, les armées valaisannes, menées par le prince-évêque Walter Supersaxo et aidées de leurs alliés suisses, mirent à genou les forces largement supérieures de Yolande de Savoie, libérant ainsi la moitié ouest du pays de siècles de domination étrangère. Enfin, le Valais était réuni sous la mitre de l’évêque, réalisant ainsi le rêve de la légende la Caroline, un document soit-disant offert à St-Théodule par Charlemagne, lui promettant un Valais uni derrière son évêque. A l’époque, la ville était bien sûr entourée d’imposantes murailles. Si vous vous placez au milieu de la place de la Planta et que vous vous tournez vers la ville, vous pouvez imaginer ces remparts à la limite des bâtiments qui bordent la place. Un peu d’imagination vous permettra ensuite de les visualiser pris d’assaut par dix milles Savoyards, guerriers expérimentés, tandis qu’une poignée de Valaisans, pour la plupart simples paysans et artisans, défendent leurs murs de toutes leurs forces. Ce jour-là, les renforts tardèrent à arriver et les Valaisans, dans une dernière tentative à la fois héroique et un peu folle, sortirent de leurs remparts pour suprendre les chevaliers de Yolande. Puis, enfin, des cris retentirent sur le coteau nord. Les alliés bernois, soleurois, uranais, étaient arrivés. Ils prirent en étau la puissante armée de Savoie, la forçant à fuire en catastrophe. C’est un scénario hollywoodien qui se déroula là où vous vous trouvez, il y a plus de cinq cents ans. Pour en savoir plus, je vous propose de découvrir ces articles publiés sur mon site il y a quelques années : https://audreymoulin.com/2017/04/17/la-bataille-de-la-planta/ et la suite : https://audreymoulin.com/2017/05/17/la-bataille-de-la-planta-suite/

Le château de Tourbillon depuis la place de la Planta, Sion, Valais, Suisse.

Deuxième étape: la cathédrale et l’église Saint-Théodule

Remontez la place de la Planta puis entrez véritablement dans la vieille-ville à la hauteur des deux églises, par le coin est de la place. Vous déboucherez sur une autre place, plus petite, au charme indéniable. Peu importe la saison, il s’agit de l’un des recoins les plus apaisants de la ville. Deux églises se cotoient devant vous. A droite, l’église St-Théodule, en hommage au saint patron du Valais, et à gauche, l’élégante cathédrale et son clocher roman. Toutes deux sont bien sûr ouvertes aux visiteurs et des panneaux explicatifs vous renseigneront sur leur histoire.

Par tous les temps, la place de la cathédrale est un incontournable de Sion!

Troisième étape : La Tour des Sorciers

Empruntez la rue de la Tour et rejoignez l’un des derniers restants des remparts de Sion, malheureusement détruits au 19ème siècle. La tour des sorciers est un monument phare de la ville et on comprend vite pourquoi. Quelle allure! En observant sa façade, vous pouvez deviner la hauteur de la muraille qui protégeait autrefois la cité. La tour des sorciers se trouvait d’un l’un des coin du circuit de remparts et, comme son nom l’indique, elle servait également à enfermer les malheureux accusés de sorcelleries. Pour la visiter, adressez-vous à l’office du tourisme qui se trouve sur la place de la Planta https://siontourisme.ch/index.php/fr/. En été, des visites gratuites ont lieu. Dans la tour, bien qu’il n’y ait rien de spécial à voir, l’imagination prend vite le dessus et le suplice des accusés donne froid dans le dos. Vous êtes prévenus!

La tour des Sorciers, Sion, Valais, Suisse.

Quatrième étape : Avenue du Ritz jusqu’au Grand-Pont.

Pursuivez votre route sur l’avenue du Ritz, l’une des artères de la ville. Sur le trottoir, vous pouvez observer les pavés de différentes couleurs qui marquent l’emplacement de la muraille. Continuez jusqu’au sommet du Grand-Pont, à tout juste deux minutes de marche, et prenez un instant pour admirer la jolie fresque qui se trouve sur la façade du premier immeuble de la rue, donnant sur l’avenue de Ritz, sur votre droite lorsque vous êtes tourné vers le Grand-Pont. Ce joli dessin à l’ambiance paysanne vous donnera une idée plus précise de ce à quoi ressemblait la ville avant la destruction des murs. On y voit ainsi la porte de Loèche, qui menait aux vignes et aux champs.

Cinquième étape : la rue du Grand-Pont

Promenez-vous sur le Grand-Pont, offrez-vous un moment de répit sur l’une des nombreuses terrasses, visitez les innombrables boutiques qui bordent la rue, remplissez-vous l’estomac dans l’un des excellents restaurants qui jalonnent les lieux. Vous vous trouvez dans le véritable coeur de Sion. Perdez-vous dans les jolies ruelles avoisinantes, vous y découvrirez des trésors. Rassurez-vous, il n’ y a aucun risque de vous perdre pour de vrai, Sion est toute petite!

Les charmantes ruelles de Sion

Sixième étape: le palais de la Majorie

Sur le Grand-Pont, à la hauteur de l’hôtel de la ville, empruntez la rue des châteaux et grimpez jusqu’à la place de la Majorie, qui abrite désormais le musée d’art du Valais (https://www.musees-valais.ch/musee-dart/presentation.html ). Prenez un moment pour apprécier la quiétude et le charme de la place ainsi que l’élégance des bâtiments qui la borde. Vous pouvez observer une statue de Saint-Théodule, le saint patron du canton. Les deux bâtiments qui se trouvent sur cette place avaient une importance non-négligeable à l’époque. Le Vidomnat était la résidence du vidomne et la Majorie celle du major, les deux acteurs principaux de la justice sédunoise. Plus tard, au 14ème siècle, la Majorie devint la résidence d’hiver des évêques de Sion, la plaçant ainsi au coeur du pouvoir. De nos jours, le musée d’art y a élu domicile. Que vous soyez féru de peinture ou non, je vous conseille d’aller y faire un tour, rien que pour les bâtiments et pour la très jolie vue sur les toits de la vieille-ville qui s’offre au visiteur dans les jardins de la Majorie.

La Majorie lors des exceptionnelles chutes de neige de décembre 2017

Septième étape: Grimpez jusqu’à la place Maurice Zermatten

C’est là que ça commence à grimper sérieusement! Accordez-vous quelques instants pour reprendre votre souffle une fois arrivé sur la place et admirez la vue! La place est nommée ainsi en l’honneur de l’écrivain valaisan qui mit si bien en scène la vie dans le Valais rural d’antan. Son livre sur l’histoire de la ville, sobrement intitulé « Sion » est un excellent moyen de comprendre les événements qui ont marqué la capitale au fil des siècles. Vous le trouverez, ainsi que ses autres ouvrages, à la librairie La Lieuse, à la rue des Vergers 14 à Sion. https://www.laliseuse.ch/

Un choix s’impose désormais à vous: Valère ou Tourbillon? Emprunterez-vous d’abord les escaliers menant au musée d’histoire du Valais et à la magnifique basilique de Valère ou alors le sentier escarpé qui, en échange d’un petit effort, vous permettra d’atteindre les ruines si poétiques du château de Tourbillon?

Vue sur les châteaux depuis les jardins de la Majorie.

Huitième étape : Commençons par Valère

L’église de Valère, faite baslique mineure en 1987 par le Pape Jean-Paul II, a été batie au 12ème siècle. De nombreux indices semblent prouver que la colline servait de lieu de culte depuis bien plus longtemps. Un coup d’oeil au relief sédunois suffit en effet à imaginer les raisons qui auraient poussé des civilisations anciennes, romaines, celtes et chrétiennes, à s’y réfugier.

La basilique qui se dresse de nos jours sur la colline est merveilleuse de sobriété et de simplicité, avec l’aura inimitable des lieux anciens, très anciens. Elle est régulièrement en travaux pour rénovation mais les visites sont possibles la plupart du temps. Un petit tour ici : https://www.musees-valais.ch/musee-histoire/tresor-de-la-basilique-de-valere.html vous permettra de prévoir votre visite!

Ne manquez également pas le musée d’histoire du Valais, installé dans les anciens appartements des chanoines de Valère, où est retracée toute l’histoire du canton, de la préhistoire à nos jours, avec de nombreuses pièces de grande qualité.

Neuvième étape : le château de Tourbillon

Redescendez de Valère pour retrouver la place Maurice Zermatten, mais ne vous laissez pas attirer par l’appel de la ville, pas tout de suite! Tourbillon se mérite mais l’effort est largement récompensé une fois le sommet atteint. Le sentier escarpé serpente sur la colline (attention, en été, il peut y faire très chaud, choisissez bien vos horaires!) et, à mesure que vous prenez de la hauteur, le charme opère. Vous franchissez tout d’abord un premier rempart, vestige du système de protection qui autrefois, servait aussi à protéger l’évêque de la population en révolte. Sur votre droite après le rempart, une jolie fenêtre en pierre s’ouvre sur Valère, idéale pour les photos! Poursuivez votre ascension et, malgré l’effort, n’oubliez pas d’admirer la silhouette du château, digne d’un conte de fée! Si vous prévoyez de vous y rendre durant la saison des visites, la porte sera grande ouverte et vous pourrez pénétrer dans l’enceinte de ce chateau en ruines. L’état actuel de Tourbillon s’explique par sa destruction lors du grand incendie du 24 mai 1788 lorsque, par un jour de foehn (vent fort et chaud), les flammes se déclarèrent dans la basse ville, aux alentours de la cathédrale, avant d’engloutir la cité toute entière et, malheureusement, Tourbillon avec elle (plus de détails ici :https://audreymoulin.com/2017/12/04/le-grand-incendie-de-1788/ ). La visite du château reste passionnante, surtout si vous arrivez à temps pour les tours gratuits et guidés organisés durant l’été. Le gardien de Tourbillon répondra à toutes vos questions et vous fera vivre une magnifique expérience. Il vous ouvrira la porte de la merveilleuse chappelle Saint-Georges, dont la fresque du 14ème siècle décore encore le mur, mettant en scène le saint face au dragon. Il vous emmènera ensuite au sommet de la tour, vous offrant un point de vue extraordinaire sur la région. Ensuite, ne manquez pas de vous promenez dans les jardins de l’évêque, derrière le château. Laissez-vous bercer par la quiétude des lieux, profitez de la vue à couper le souffle et admirez la poésie de ce monument en ruines, qui n’a rien perdu de sa grâce.

Toutes les infos se trouvent ici : https://www.tourbillon.ch/

A noter: Si vous visiter Sion durant la période de fermeture du château de Tourbillon, vous pourrez tout de même accéder aux jardins et profiter de la vue. En arrivant au sommet, empruntez le sentier sur votre droite (attention, c’est un peu escarpé!) et vous atteindrez les jardins.

Bonus 1 : Les sites archéologiques

Comme expliqué dans l’intro, Sion est vieille, très vieille. De nombreuses fouilles font régulièrement surface et la qualité des trouvailles est souvent unique au monde. Malheureusement, ces découvetes ne sont encore que très peu mises en valeur, quelque chose qui est amené à changer. C’est pourquoi je n’ai pas inclus un arrêt aux fouilles dans l’itinéraire. Cependant, pour les passionnés d’archéologie, deux sites sont dignes d’intéret. Tout d’abord, les dolmens situés au Petit-Chasseur, mis à jour en 1961 et vieux de 5’000 ans. Ensuite, l’église pré-roman de sous le scex (plus d’infos ici : https://www.sion.ch/communiques/1034702 ).

Bonus 2 : La maison du diable

Edifiée en 1515 par Georges Supersaxo, la maison du diable était à l’époque située hors des remparts et servait de résidence secondaire. Elle a même fait office de résidence pour les ambassadeurs du roi de France au 17ème siècle lorsque ceux-ci étaient en visite en Valais qui, à l’époque était une république indépendante. La maison abrite aujourd’hui la fondation Fellini. Toutes les infos ici : http://www.fondation-fellini.ch/fr/pages/maison-du-diable/la-maison-du-diable-246

Bonus 3 : Le dernier rempart

Dans une ruelle oubliée, se dresse le dernier morceau de rempart de la ville de Sion. Pour le découvrir, rendez-vous à la rue des Tonneliers, aux abords du parking de la cible.

Deux de mes romans (un troisième est en cours d’écriture) se déroulent à Sion. Si vous avez envie de vous plonger dans l’histoire et l’atmosphère de la ville, c’est par ici: Le tome 1 (A l’Ombre des Collines): https://amzn.to/2Kt6XKK Et le tome 2 (Les Exilés de la Lagune) : .https://amzn.to/386pCEv

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