Le Valais n’a rien à envier à Braveheart! (première partie)

L’histoire valaisanne est très méconnue alors qu’elle mériterait qu’on chante ses louanges dans une multitude de romans et de grandes productions cinématographiques. Ce constat vous parait exagéré? Détrompez-vous, nous vivons sur les ruines de terrifiantes batailles lors desquelles des milliers d’hommes ont croisé le fer pour le contrôle de nos terres valaisannes. Perchée sur une colline sédunoise, se trouve une basilique vieille d’au moins mille ans cachant un orgue plusieurs fois centenaire. Les véragres de Martigny, aidés des sédunes de Sion ont même repoussé une fois le super-puissant envahisseur romain avant de devoir céder, plusieurs décennies plus tard. Sion a survécu à de nombreuses attaques de la part de l’ennemi héréditaire savoyard, tenant ses murs tant bien que mal puis vivant des heures sombres, léchant ses plaies tout en préparant sa vengeance. Les bûchers aux sorcières ont éclairé nos plaines et nos vallées durant le terrible 15ème siècle en particulier. Plus tard, des hommes de tous bords, jusqu’au plus reculé des villages, ont endossé les couleurs de Napoléon Bonaparte, bravant les horreurs de la Bérésina ou mourant au pied des pyramides d’Egypte.

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                                                                Bataille d’Octodure

Notre beau Valais, dont nous connaissons en fait si peu l’histoire, est riche de légendes, de faits historiques héroïques et a croisé le chemin de grands hommes. De Charlemagne à Bonaparte, nous étions au cœur des grands enjeux européens.

La Savoie et le Comte Vert

L’observateur avisé ne sera pas étonné de découvrir que la ville de Sion possède des secrets enfouis sous les décombres de grandes batailles. Avec ses gracieuses collines coiffées de pierres ancestrales et sa vieille ville aux ruelles sinueuses, il est facile de l’imaginer au temps des chevaliers, gardant ses trésors bien à l’abri derrière ses remparts. Maurice Zermatten, dans son ouvrage historique nommé simplement « Sion » écrivait pour expliquer sa démarche, en 1944, ces quelques lignes :

« Chaque jour, le même émerveillement le saisit quand, ouvrant son volet, il retrouve sous son regard ce tableau de maître : Sion dans le soleil levant, descendant des collines vers la plaine comme ces paysannes qui vont au marché. Mais que rappellent ces châteaux, ces églises, ces ruines, ces tours? Que disent ces pierres vénérables? Pourquoi ces présences dont la voix lui demeure inintelligible? Le malaise grandit avec l’admiration. Il faut qu’il sache afin que sa joie soit complète… »

chateaux

Au moyen-age, Sion était une cité troublée par des guerres à répétition, principalement contre les comtes de Savoie, lesquels cherchaient par tous les moyens à imposer puis à garder la main sur cet évêché rebelle. Il est important de rappeler qu’à l’époque, les terres valaisannes et savoyardes étaient voisines directes, imbriquées les unes dans les autres, chaque camp possédant des enclaves dans le territoire d’à côté. Par exemple, les savoyards possédaient, entre autres, Saint-Maurice, le Saint-Bernard, Bagnes, Conthey, Nendaz et avaient des prétentions sur Loèche et Naters. Les Évêques de Sion ont la main mise sur de nombreux territoires dans la partie basse du canton, comme Martigny, Ardon et Chamoson. Il n’est donc pas difficile d’imaginer à quel point les relations entre les deux pays étaient tendues, chacun souhaitant faire reculer la frontière plus loin sur le territoire de l’autre. On achète, on vend, on marchande un bout de terre pour un autre et on essaie de tracer une frontière plus claire à la limite de la Morge de Conthey. On croise le fer à plusieurs reprises mais, c’est sous l’épiscopat de Guichard Tavelli, nommé en 1342, que les plus grandes tragédies ont lieu.

Guichard se retrouva rapidement dos au mur. Le prélat agit tel un autocrate, refusant les traités signés avant sa nomination, lesquels accordaient une once de démocratie aux valaisans. Sa plus grande erreur fut de s’appuyer sur les Comtes de Savoie pour asseoir sa position. Le peuple prit cette alliance comme un affront à sa souveraineté et l’Evêque perdit définitivement la confiance des valaisans. A plusieurs reprises, les émeutes grondèrent, le sang fut versé puis des arrangements furent trouvés. Cependant, les patriotes, préparaient patiemment leur vengeance. Ces patriotes étaient des citoyens hauts-valaisans influents, s’opposant tantôt à l’Évêque, tantôt aux Savoyards, afin d’obtenir une sorte de démocratie, dans laquelle ils auraient droit au chapitre et représenteraient les grandes communes valaisannes. Il y avait donc en fait trois forces politiques en Valais à cette époque : Le Prince-Evêque de Sion, le Comte de Savoie et les Patriotes.

La situation devint extrêmement sérieuse à l’avènement d’Amédée VI de Savoie, qui serait bientôt surnommé le Comte Vert et deviendrait un célèbre chevalier médiéval. La première opposition majeure entre les forces du Comte, allié à l’Évêque, et les valaisans menés par les Patriotes, n’en fut pas vraiment une. En 1352, les Patriotes assiégèrent Tourbillon afin de faire plier Guichard Tavelli. Cependant, le prélat fit appel à la Savoie, laquelle envoya une imposante armée sous les murs de la cité. Les valaisans n’eurent pas d’autre choix que d’abandonner et Amédée VI de Savoie fut nommé, pour pour neuf ans, bailli des terre valaisannes. Cependant, il ne fallut pas longtemps pour que la révolte recommence à gronder. Comme l’explique si bien Maurice Zermatten dans son ouvrage susnommé :

« Mais serment fait sous contrainte ne saurait engager. Tandis que le comte Amédée prend les Valaisans sous sa protection, réalisant une vieille ambition de sa lignée, les Confédérés, de l’autre côté des Alpes, se libèrent des tutelles étrangères. Rien n’est plus communicatif que l’exemple. L’aventure a mal tourné une première fois: elle réussira à la seconde tentative. Amédée vient à peine de quitter le pays que la résistance relève la tête. Guillaume Perronet de Loèche se démène de plus belle.- Payer la mense épiscopale quand l’évêque nous a vendus à la Savoie? Jamais! Obéir au représentant du comte (de Savoie), ou à ses officiers? Jamais! On verra bien. »

A suivre…

sion moyen âge couleurs

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