Découvrez le premier chapitre des « Exilés de la lagune »!

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Le tome 2 de la série « A l’ombre des collines » sortira très bientôt, avec un peu de chance, à temps pour vous accompagner lors de vos vacances d’été! Nos héros, en fuite suite à la bataille de la Planta, font leurs premiers pas dans le labyrinthe de Venise, où de nombreux défis les attendent. Pour vous faire une idée de l’ambiance de ce deuxième opus, je vous propose d’en découvrir le premier chapitre : 

Première partie : Les enfants de Venise

Chapitre 1

Sérénissime république de Venise, mai 1476

Dans la noirceur de la nuit sans lune, Sebastian avait la tête dans les étoiles. Sa lunette astronomique collée à l’œil droit, il observait les vagues formes des planètes se déplaçant dans le vaste univers qui les entourait. Plusieurs fois par semaine, il s’installait sur la terrasse située au troisième étage de sa maison vénitienne pour y passer quelques heures en compagnie des mystères de la voie lactée. Il trouvait dans cette activité le silence dont il avait besoin après une journée passée dans le chaos de la ville qui abritait désormais sa famille. Il appréciait la solitude de la terrasse, qu’il partageait parfois avec Lucien, lorsque ce dernier n’était pas en affaires quelque part dans les ruelles de Venise. Son ami de toujours était devenu bien mystérieux depuis leur installation dans la Sérénissime. Il parlait encore moins que durant leurs années sédunoises et semblait en perpétuelle méditation. Connaissant trop bien le caractère réservé du Saviésan, Sebastian ne lui posait que très peu de questions, préférant le laisser à ses réflexions. D’autre part, le chevalier était très occupé depuis leur arrivée sur la lagune. Il jonglait entre de nombreuses responsabilités mais, malgré les défis de leur nouvelle vie, il était aux anges. Rien ne pouvait plus lui plaire qu’une aventure telle que celle qu’il vivait, plongé dans l’inconnu le plus total.

Chaque jour, il se levait aux aurores afin d’étudier ses précieux livres d’astronomie. De l’Allemand Regiomontanus aux traductions des érudits arabes, il tentait par tous les moyens de comprendre la danse des planètes. Une fois le soleil levé et Venise éveillée, il enfilait son costume de chef de famille et de commerçant afin de mener sa barque de la plus efficace des manières. Qu’il s’agisse de négocier le prix d’épices d’Orient ou de faire quelques pas supplémentaires parmi le monde des marchands de la Sérénissime république de Venise, Sebastian n’avait pas le temps de s’ennuyer. De plus, Isabelle approchant du terme de sa grossesse, le quotidien de son foyer n’était pas des plus reposants. D’habitude si douce et indulgente, son épouse, excédée par sa vie de recluse, avait révélé un tempérament aussi dévastateur qu’une tempête de foehn sur les sommets valaisans. Compatissant, Sebastian prenait son mal en patience et utilisait donc au maximum les moments de calme et de liberté que lui accordait l’observation des astres.

―   Quel mystère as-tu résolu aujourd’hui ? demanda Lucien, apparaissant soudainement dans la nuit, mais ne faisant pas pour autant sursauter Sebastian, habitué à ses arrivées furtives.

―   J’ai bien peur que, plus j’observe les astres, plus je réalise à quel point j’en sais peu ! s’exclama Sebastian sans pour autant lâcher sa lunette. Et de ton côté, des nouvelles de Bartolomeo ?

―   Pas encore… Il se planque, le fichu Génois !

―   Si j’étais lui, je ferais pareil, commenta Sebastian en lâchant des yeux sa constellation pour se retourner vers Lucien. Dire que je me suis fait avoir comme un bleu par ce maudit voleur.

―   Il est sacrément bon acteur, ne sois pas trop dur avec toi-même. Il a arnaqué plus d’un gros poisson avant toi.

―   Mais tout de même, il a mis les voiles dans le dédale de Venise avec la moitié de ma marchandise. Je me demande comment il a fait.

―   Il doit connaître du monde.

―   Oui, et je compte bien lui mettre la main dessus afin d’utiliser à notre avantage ses connaissances des bas-fonds de la Sérénissime.

―   Tu persistes à penser que c’est d’un type comme lui dont on a besoin ? demanda Lucien, perplexe.

―   C’est la perle rare, bien qu’elle soit crasseuse et malodorante. En parlant de ça, rien à signaler au sujet de la sécurité ?

―   Non, le calme plat. Le moment n’est pas encore venu.

―   Tant mieux, nous n’en serons que d’autant plus prêts.

Lorsque Sebastian pénétra à pas de loup dans la grande chambre du premier étage, Isabelle dormait profondément. Son ventre désormais énorme créait une bosse sous les couvertures. À quinze jours de son terme, la jeune femme semblait avoir atteint des records d’expansion qui amusaient beaucoup son époux, ce qui avait le don de la mettre de mauvaise humeur. Plutôt mince de nature, son ventre si arrondi lui donnait un air étrange et Sebastian ne cessait de lui faire remarquer, toujours hilare, qu’elle semblait constamment à deux doigts de basculer en avant. Malgré ses taquineries, le vétéran de l’armée de Sion était extrêmement fier de sa jeune épouse, qui avait bravement affronté le périple ainsi que les défis de leur installation à Venise.

Il se glissa à côté d’elle dans le grand lit à baldaquin et déposa un baiser sur son front, ce qui la fit légèrement ciller sans pour autant la réveiller.

―      Bientôt, murmura-t-il en posant une main sur le ventre d’Isabelle, impatient mais aussi terriblement inquiet.

Les premiers rayons de soleil caressaient le toit de la maison lorsque Louis, le jeune Hérensard au service de Sebastian depuis plusieurs mois, poussa la porte d’entrée avec son coude, les bras chargés de vivres. Il se dirigea directement vers les cuisines où Alice, la mère de Lucien, était déjà à la tâche. Malgré l’insistance d’Isabelle pour qu’une bonne soit engagée, la matriarche Héritier avait catégoriquement refusé, soutenant qu’il s’agissant d’un gaspillage d’argent. Elle qui avait travaillé chaque jour de sa vie ne pouvait imaginer qu’une servante s’affaire en cuisine à sa place.

―   Ah, tu es là ! Je commençais à me dire que tu t’étais perdu ! lança-t-elle à Louis lorsqu’il eut franchi le pas de la porte.

―   Désolé, j’ai un peu traîné au marché ! Il y a tellement de monde, répondit le garçon en souriant.

―   Tu ne te lasseras donc jamais de toute cette agitation ?

―   Non, je crois que c’est impossible ! Aujourd’hui, j’ai entendu parler d’un navire en partance pour les côtes africaines… ou asiatiques… je ne suis pas sûr d’avoir compris, ajouta Louis dont l’apprentissage du vénitien n’était pas encore complet. Mais ce dont je suis certain, c’est que j’adorerais faire partie du voyage !

―   Bah voyons, un Valaisan sur un bateau, on aura tout entendu ! rigola Alice. File apporter ça à ton maître dans son étude, il doit être affamé, ordonna-t-elle en tendant un plateau au jeune garçon.

La course effrénée dans les ruelles étroites du quartier de Cannaregio durait depuis près d’une heure et, malgré tous ses efforts, Lucien redoutait que son gibier ne lui glisse une nouvelle fois entre les doigts. Bartolomeo était court sur pattes, possédait un peu d’embonpoint et n’avait ainsi pas du tout le physique d’un coureur. Lucien était donc étonné de constater la vélocité et l’agilité avec laquelle se déplaçait le Génois. De plus, il connaissait les moindres recoins de Venise, utilisait les canaux à son avantage et s’enfilait dans des ruelles si sombres que Lucien ne les avait pas remarquées. Pourtant, le grand Saviésan persistait, bien décidé à attraper une bonne fois pour toutes celui qui les avait roulés dans la farine quelques semaines auparavant. Il le suivait comme une ombre depuis des jours et il n’en pouvait plus de perdre son temps avec un tel énergumène.

Début avril, le premier bateau sur lequel Sebastian avait investi de l’argent était arrivé dans le port de la Sérénissime. Rempli à ras bord d’épices venues des confins du monde connu, la famille Asperlin l’avait accueilli en grande pompe. Le navire signifiait le début de leur nouvelle vie. Même Isabelle, pourtant déjà bien arrondie, avait fait le déplacement jusqu’au port de San Marco pour admirer le fier vaisseau briser les eaux de Venise avant de se mettre à quai. Alice, fidèle à elle-même, n’avait eu de cesse de se signer et de prier la Vierge Marie, la remerciant pour toutes les bénédictions dont elle les couvrait. Lorsque les matelots avaient entamé le déchargement de la cargaison, Sebastian et Lucien s’étaient approchés du navire afin de serrer la main du capitaine et d’organiser le transfert des caisses vers les entrepôts qu’ils partageaient avec le Florentin. Le capitaine criait des ordres à ses hommes lorsque Sebastian et Lucien étaient arrivés à sa hauteur après avoir difficilement traversé la foule qui grouillait autour du bateau. Le capitaine les avait salués chaleureusement, leur expliquant dans un flot ininterrompu de paroles que le voyage s’était très bien passé et que la marchandise était de la meilleure des qualités. Malgré son sourire et ses plaisanteries, Sebastian avait repéré une pointe de nervosité chez le maitre du vaisseau, qui se retournait régulièrement pour jeter un œil aux cales de son bateau.

―   Un problème, capitaine ? avait demandé le chevalier.

―   Un problème ? Mais non, pas du tout, pas du tout ! s’était exclamé le petit homme trapu.

―   Vous avez l’air inquiet, avait poursuivi Lucien.

―   Non, je ne suis pas inquiet, je m’assure simplement que les hommes soient prudents avec cette marchandise si durement acquise au bout du monde ! Je ne voudrais surtout pas qu’une caisse soit endommagée et que quelques tissus ou épices soient perdus ! Mais dites-moi, vous avez un accent, d’où venez-vous ? avait-il demandé pour noyer le poisson, se retournant une nouvelle fois.

―   De l’évêché valaisan de Sion, avait répondu Sebastian, certain que son interlocuteur n’aurait jamais entendu parler de son pays d’origine.

―   Sion, vous dites ? Si je ne m’abuse, vous avez récemment défait l’armée savoyarde de Dame Yolande de France ?

―   Vous êtes drôlement bien renseigné, avait commenté Sebastian après avoir échangé un regard suspicieux avec Lucien.

―   Je me tiens au courant des choses du monde, avait continué le capitaine en ajustant son manteau autour de son ventre imposant. Ne vous en faites pas, nous livrerons dès ce soir toute votre marchandise à vos entrepôts. Je ne voudrais pas vous retenir plus longtemps.

―   Si vous n’y voyez pas d’inconvénient, capitaine, le sergent Héritier ainsi que mon écuyer vont rester sur place pour superviser le transfert.

―   Ce n’est pas nécessaire, messire, avait rétorqué le capitaine en blêmissant soudainement.

―   C’est pour ma propre tranquillité, avait expliqué Sebastian. Il s’agit de mon premier navire, je préfère faire preuve d’un excès de prudence.

―   Très bien, très bien, avait accepté l’autre en toisant Lucien du regard. Au plaisir de refaire des affaires avec vous, messire Asperlin, avait-il ajouté en serrant la main de Sebastian.

Sebastian avait à nouveau traversé la foule pour retrouver Alice, Isabelle et Louis, tout en réfléchissant à son étrange échange avec le mystérieux capitaine. Quelque chose le tracassait sans qu’il ne puisse mettre le doigt dessus. Il avait ensuite ordonné à Louis de rejoindre Lucien et de suivre ses instructions, insistant pour qu’il ne perde pas de vue la cargaison. Toujours pensif, il avait raccompagné Isabelle et Alice à leur maison située un peu plus loin dans San Marco. Ce ne fut qu’en poussant la porte qu’il avait compris ce qu’il clochait.

―   Bon Dieu de brigand ! avait-il crié, faisant sursauter les deux femmes.

―   Pas de blasphème dans cette maison, Sebastian ! l’avait immédiatement houspillé Alice, qui le traitait toujours comme son propre fils.

―   Pardon Alice, mais je viens de comprendre ! Le salopard, je le pendrai par les pieds !

―   Mais enfin, Sebastian, que se passe-t-il ? avait interrogé Isabelle, le front plissé par l’inquiétude.

―   Le capitaine, c’est un usurpateur, c’est pour ça qu’il était si nerveux. Rentrez vite, il faut que je coure jusqu’au port, avait-il lancé en faisant volte-face et en filant en direction du navire à grandes enjambées.

Plus grand que la plupart des gens d’une bonne tête, le chevalier sédunois s’était frayé un chemin dans la foule avec aisance, bien qu’il ait eu l’impression d’avancer au ralenti. Tout en se précipitant, il se maudissait d’avoir été si naïf. Il avait remarqué que le capitaine se comportait de manière étrange, mais il n’avait pas réalisé immédiatement un détail que sa mémoire avait pourtant enregistré. Les chaussures de cet étrange capitaine étaient boueuses, tout comme le fond de ses chausses, ce qui n’avait aucun sens, étant donné qu’il venait de descendre de son navire après de longs jours de traversées et que les quais du port étaient parfaitement propres en ce sec matin de printemps.

Lorsqu’il eut atteint le port, les hommes qui travaillaient autour du navire moins d’une heure plus tôt avaient disparu et Lucien était introuvable. Sebastian avait embarqué sur la caravelle et s’était introduit dans la cale. Il avait découvert avec stupeur qu’une dizaine de marins ainsi que celui qui était, sans aucun doute, le vrai capitaine, y étaient attachés et bâillonnés. La moitié de la marchandise était intacte, restée dans les entrailles du bateau, mais le reste avait bel et bien disparu.

Un mois et demi plus tard, en courant comme un possédé à travers les ruelles de Venise à la poursuite de l’usurpateur, Lucien ne cessait de penser à cette fameuse journée où, en plus d’avoir été berné, il s’était retrouvé assommé et attaché derrière un tas d’ordures aux abords des quais de San Marco. Si la fierté de Sebastian avait été, tout comme ses économies, entachée par l’arnaque, celle de Lucien était profondément atteinte et il avait à cœur de redresser la situation. Il redoubla donc d’efforts aux abords du pont du Rialto, alors que Bartolomeo utilisait la foule compacte et le marché à son avantage. Bien que le Génois ait pris de l’avance, Lucien ne le perdait pas de vue et, lorsque Bartolomeo s’enfila dans une énième ruelle, il fit l’erreur que le Saviésan attendait depuis de longues semaines. Après avoir jeté un coup d’œil derrière son épaule pour évaluer la distance à laquelle se trouvait Lucien, Bartolomeo, soudainement paniqué, s’était trompé de route, s’engageant dans un cul-de-sac et se retrouvant face au canal. Se rendant rapidement compte de son erreur, il tenta de faire demi-tour, mais sa précieuse avance sur son poursuivant était largement réduite. Alors qu’il s’apprêtait, dans un élan de désespoir, à sauter sur une barque qui passait par là, la grande main de Lucien l’attrapa par le col de sa tunique et le fit lourdement heurter la terre battue de la ruelle.

―   Tu ne pouvais pas courir éternellement, foutu Génois ! s’exclama Lucien, le visage fendu d’un immense sourire satisfait.

―   Pitié, messire, ne me faites pas de mal, supplia pathétiquement Bartolomeo en se mettant à genoux face à Lucien. Je peux vous rendre votre marchandise ! Je courrais d’ailleurs en direction de ma cachette, pour pouvoir vous rembourser.

―   Bah voyons ! répondit Lucien en riant. Je t’arracherais bien les boyaux ici même, mais messire Asperlin a d’autres ambitions pour toi, vermine. C’est ton jour de chance, ajouta-t-il en remettant Bartolomeo sur ses deux pieds et en lui attachant les mains.

Lorsqu’ils arrivèrent à la maison du quartier de San Marco, Lucien installa son prisonnier dans la cour intérieure, pieds et poings liés, et envoya Louis chercher Sebastian, qui était en affaires quelque part sur la lagune. En attendant le retour du maître des lieux, Lucien eut donc le loisir de s’amuser avec Bartolomeo.

―   On a pensé à te vendre aux enchères sur la place Saint-Marc. Parmi tous les marchands et seigneurs de Venise, il y en a certainement plus d’un qui rêverait de te mettre la main dessus.

―   Mais enfin, messire, vous vous trompez ! Je ne suis pas le brigand que vous décrivez. Je suis un simple homme d’affaires génois, mentit Bartolomeo en tentant une révérence qui n’eut comme seul résultat de lui faire perdre l’équilibre.

―   On a aussi pensé à te livrer à la justice, continua Lucien en ignorant les justifications du prisonnier, lequel tentait maladroitement de se remettre debout, gêné par les liens qui retenaient ses mains, ainsi que par son embonpoint.

―   La justice ! Par pitié pas la justice ! Je ferai n’importe quoi pour vous si vous ne me livrez pas !

―   Tu me sembles bien désespéré pour un simple homme d’affaires, plaisanta Lucien, appréciant le petit jeu.

―   Tu te prends donc pour un homme d’affaires ? retentit soudain la voix de Sebastian dans la cour. Ça tombe bien, j’ai une proposition à te faire, ajouta-t-il en souriant à Bartolomeo.

―   Une proposition ? demanda le Génois, soudainement intrigué.

―   Oui, et elle est plutôt simple. Tu entres à mon service ou tu termines dans le port, un boulet de forçat attaché à la cheville, expliqua Sebastian en souriant de plus belle au brigand.

―   Je ne suis au service de personne ! se vexa Bartolomeo, tentant un coup de bluff.

―   Très bien, répondit Sebastian en haussant les épaules. Dans ce cas, allons de ce pas profiter de l’air marin.

Bartolomeo, paniqué, ne parvenait pas à articuler une phrase complète tandis que Sebastian resserra ses liens et l’emmena en direction de l’étroite ruelle qui longeait la maison. Sans un mot, en sifflotant, le chevalier sédunois le traîna jusqu’au bord du canal, où une barque était amarrée. Toujours en souriant à Bartolomeo, il le bâillonna, puis il le fit monter sur l’esquif. Finalement, comprenant que ses ravisseurs ne plaisantaient pas, Bartolomeo se mit à s’agiter, essayant de communiquer, malgré le foulard qui l’empêchait de parler.

―   Tu crois qu’il veut nous dire quelque chose ? demanda Sebastian en se retournant vers Lucien, lequel se contenta de ricaner en secouant la tête.

Bartolomeo continua à s’égosiller, ses paroles étouffées par le bâillon. Il s’agitait de plus en plus et devenait tout rouge, comme s’il s’apprêtait à exploser. Amusés, Sebastian et Lucien le laissèrent s’épuiser avant de, finalement, lui ôter son bâillon.

―   Je… je… je vais travailler pour vous, messire, mais pitié, ne me jetez pas dans le port !

Satisfait, Sebastian ne répondit rien mais fit descendre son nouveau serviteur de la barque puis, sans le détacher, le ramena dans la cour intérieure de sa maison.

―   Qu’est-ce que c’est que ce vacarme dans le sellier ? demanda Isabelle lorsqu’elle descendit dans la salle à manger pour le souper.

―   Oh, rien de bien inquiétant, juste le voleur qui m’a dérobé la moitié de ma marchandise, répondit Sebastian sans quitter son livre des yeux.

―   Et tu as décidé de le garder dans notre sellier ? demanda Isabelle en soupirant.

―   Je me suis dit que c’était l’endroit le plus sûr pour qu’il ne m’échappe pas, tu ne trouves pas ? rétorqua-t-il en souriant à son épouse, pressentant que l’arrangement quant à Bartolomeo allait provoquer la colère de la jeune femme.

―   Si tu le dis, répondit-elle en se laissant tomber sur l’une des grandes chaises en bois en secouant la tête.

La tension était palpable dans la pièce et, prudent, Sebastian tenta de changer de sujet.

―   Tu as passé une bonne journée ?

―   Merveilleuse, répondit Isabelle, la mine maussade. Les quatre murs de cette maison sont passionnants.

―   Je sais que c’est un peu difficile pour toi, d’être enfermée ici. Mais ça finira par se régler bient…

―   Ta paranoïa va s’envoler comme par magie, tu veux dire ? le coupa-t-elle. C’est tout de même le comble ! Tu as peur que Jacques, qui, je te le rappelle, vit à plus de cent lieues d’ici, ne s’en prenne de nouveau à nous. Tu ne me laisses donc pas mettre le nez dehors si tu n’es pas avec moi et pourtant, tu ramènes des voleurs dans notre maison ! L’air de Venise ne vous réussit pas, messire, ajouta-t-elle ironiquement avant de sortir en trombe de la pièce, se dirigeant vers les escaliers.

―   Enfin, tu sais bien que ce n’est pas si simple, répondit calmement Sebastian, ses paroles se heurtant à la porte que la jeune femme venait de claquer pour s’enfermer dans sa chambre.

Pensif, le chevalier referma son livre et tourna la tête vers Lucien, qui avait assisté à la scène depuis l’encadrement de la porte menant aux cuisines.

―   Tu trouves aussi que j’en fais trop ?

―   Non, répondit Lucien. Je pense que tu fais exactement ce qu’il faut. Je connais Jacques aussi bien que toi et je suis absolument persuadé qu’il n’a pas dit son dernier mot.

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