The Star-Spangled Banner

Hier, c’était le 4 juillet et, de ce côté-ci de l’Atlantique, ce n’est pas une journée comme les autres. Le 4 juillet, jour célébrant la liberté au pays des braves, pour citer plus ou moins leur hymne.

american flag

Leur fête nationale est plutôt sympa et possède quelques points communs avec la nôtre, entendez par là, les barbecues et les feux d’artifice. Cependant, s’il y a bien une chose qui me frappe quotidiennement chez les Américains, c’est leur patriotisme flamboyant. Les drapeaux sont constamment de sortie et un observateur non-initié pourrait croire, à son arrivée dans le pays par un matin de janvier, un après-midi de septembre ou une soirée de décembre, que la fête nationale, c’est le jour-même ! Les drapeaux flottent facilement sur la moitié des maisons ainsi qu’au sommet de la plupart des buildings. Rien qu’en tournant la tête en direction de ma fenêtre, au moment où je vous écris ce petit texte, je peux en compter trois. Du coup, on est en droit de se demander comment est-ce qu’ils vont bien faire pour marquer le coup lors de la date fatidique du 4 juillet ? Eh bien c’est très simple, on rajoute des banderoles au couleurs nationales sur les étalages des magasins ainsi qu’aux terrasses de bistrot et, surtout, le jour-j, on enfile sont plus beau t-shirt, casquette, chaussures, sac à main, short de bain, bikini et j’en passe, à l’effigie du drapeau ! C’est donc une marrée red-white and blue qui nous a envahis hier et il faut avouer que c’était plutôt joli à voir.

Je me vois comme une personne assez patriote, je suis reconnaissante d’être née dans un pays comme la Suisse, où les opportunités sont nombreuses pour qui sait les saisir et où la vie se déroule dans une douce quiétude. Je suis encore plus (beaucoup plus même) patriote quand il s’agit de mon beau Valais (pour les éventuels non-Suisses se promenant sur ses pages, le pays est divisé en 23 cantons, fonctionnant un peu comme les états américains mais en mieux, avec une identité propre. Le Valais, c’est simplement le plus beau. Googlez-le, vous verrez) et je n’hésite pas à en arborer les couleurs ainsi qu’à en exagérer les mythes ou légendes. Malgré mon engouement et mon attachement à ma patrie, je suis toujours émerveillée par l’enthousiasme et même la naïveté accompagnant le sentiment national américain.

Je vous vois venir, vous les anti-Américains, se croyant au-dessus, moralement et intellectuellement, de ses lointains cousins, critiquant leur ignorance et les malversations de leur gouvernement, tout en vous goinfrant de MacDo et en paradant votre nouvelle paire de Ray-Ban. Vous allez moquer l’amour qu’ils portent à leur pays, les traitant de rednecks réactionnaires assez stupides pour voter pour l’homme à la coupe de cheveux défiant les lois du bon gout. Bande de mauvaises langues, tout ça n’est que jalousie ! Bien que vous ayez peut-être raison sur certains points, cette mode anti-Oncle Sam est souvent vicieuse et injuste, tant les qualités de ce pays dépassent en nombre les terribles et dramatiques défauts qui ternissent son image.

Cette Amérique dont je vous parle est parfois arrogante, absurde, un peu décérébrée et pourtant, je mets au défi quiconque parmi les bien-pensants, cette race nourrie au politiquement correct qui finira par avoir notre peau à tous, de s’élancer au volant d’une mustang vrombissante sur l’une des enivrantes routes de l’Ouest américain et ne pas ressentir l’optimisme, la naïveté et oui, je vais oser, la liberté. Même s’ils ont tendance à abuser avec leur théorie sur la liberté, il faut bien avouer que cette nature immense dans cet espace infini, fait naître en n’importe qui ce sentiment illimité.

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Si je vous raconte tout ça, c’est pour introduire un petit extrait d’un texte dont je ne sais absolument pas ce qu’il va devenir. Peut-être deviendra-t-il un roman ou, ce qui est fort probable, restera-t-il dans les obscurs recoins de mon disque dur.

Pour illustrer au mieux les contradictions et l’attraction que les Etats-Unis portent en eux, je vous propose de jeter un œil à ces quelques paragraphes sur Las Vegas, ville absurde et fascinante.

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 » Mars 2016, Las Vegas, trois mois et demi après le départ :  

 

Le trajet depuis San Diego est une épopée en soit. Une fois passé les embouteillages dans la banlieue moisie et malodorante de la non moins moisie et malodorante ville de Los Angeles, la route s’ouvre et se dirige vers des paysages vastes et isolés au cœur du désert de Mojave.  

Malgré une autoroute très fréquentée, c’est un voyage au cœur de l’immensité vierge qui se déroule devant nous. La traversée de bourgades que l’on peut littéralement qualifier de trous perdus nous permet de nous dégourdir les jambes et d’admirer les contrastes de cette Amérique mythique, presque mystique. En effet, en quelques heures, nous passons de la frénésie de la côte californienne au vide intersidéral du désert, à peine dérangé par les quelques bleds qui y ont élu domicile, avant de débarquer dans la ville la plus absurde du globe : Las Vegas.  

Décrire Vegas est à la fois simple et difficile. Tout le monde a des images de cette version moderne de Sodome et Gomorrhe gravées dans la tête, le cinéma hollywoodien lui réservant régulièrement une bonne grosse exposition. Si je vous dis que les bâtiments sont tous plus fous et farfelus les uns que les autres, qu’il y a des gens très peu habillés dans la rue, que les casinos s’incrustent presque jusque dans votre chambre d’hôtel et qu’il y règne une ambiance extravagante, opulente, décadente diront les grenouilles de bénitiers, vous ne serez pas surpris. Les lumières de Las Vegas, une fois la nuit tombée, sont envoûtantes, hilarantes et enivrantes. Comme si un sort vous était jeté en traversant la frontière de l’état du Nevada, soudainement, l’envie de faire vos jeux, de boire plus que de raison et d’oublier qu’il y a monde là-dehors vous démange. Mais tout ça, vous le savez déjà. Vous avez bien sûr vu LE film, LA série télé, je ne vous apprends rien. 

Pourtant, ce qui me frappe lors que j’aperçois Vegas au loin, depuis la route poussiéreuse qui nous y mène, c’est l’absurdité de sa situation. Les seuls mots qui me viennent sont « Comment » et « Pourquoi ». Comment ont-ils fait pour construire une ville et survivre au milieu de ce désert sans pitié, dans une fournaise venue de l’enfer, peuplée de serpents à sonnette et de scorpions ? C’était des aventuriers, vous me direz, des colons, bien moins mous et faiblards que nous le sommes devenus. Vous avez certainement raison, mais ça ne répond pas à la question du « pourquoi ? ». De nombreuses villes du désert américain se sont formées, ont prospéré puis ont littéralement été rayées de la carte une fois les mines de la ruée vers l’or exploitées jusqu’à la moelle. Il n’en reste que des ruines, au mieux une petite ville de 2’000 habitants au maximum. Vegas, elle, trône sur son flamboyant désert, provocante, arrogante, faisant un éternel doit d’honneur à la logique et à ses critiques. Son isolement lui a été salvateur, permettant un beau jour à une bande de gangster inspirés d’y organiser les premiers jeux d’argent, loin, très loin de tout contrôle gouvernemental. Ce mépris des règles est ensuite devenu légal au Nevada, afin d’encourager la construction de ces temples de l’argent facile, attrape-touristes, attrapes-locaux, attrapes-retraités, attrapes-jeunes-hommes-en-rut, attrapes-jeunes-mariés, attrapes-absolument-tout-le-monde. Critiquez là autant que vous voudrez, traitez la de symbole de l’Amérique inculte et kitsch, Vegas aura le dernier mot et vous croquerez à pleines dents dans la pomme.  

Aucune surprise, le soir, c’est direction casino. Et attention, on ne parle pas d’un petit casino se donnant des airs de nantis avec deux trois machines à sous et quatre tables de black jack. Bienvenue dans la cour des grands, peuplées de clichés ambulants. La grand-mère presque sèche à la machine à sous, check. Le gros fumeur de cigare s’étouffant dans sa propre graisse flambant à la table de black jack en matant plus ou moins discrètement la serveuse, check. Et puis, il y a nous, autre cliché de Vegas, trois jeunes gens ni fauchés ni bourrés aux as, s’installant timidement derrière la roulette électronique. Nous nous apprêtons à gaspiller volontairement notre argent, juste pour la beauté du geste. Et oui, le pays de la liberté va jusque-là. »

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