Office Blues VII

 

Car Insurance and Theft Vector Illustration

« Office Blues » est le résultat décalé, au second degré, plutôt cynique et se voulant humoristique de plus d’une année passée dans une entreprise de travail temporaire. Loin de mon élément, cette expérience m’a pourtant servie et aura eu le mérite de me faire découvrir de nombreux personnages absolument extraordinaires, par leur folie, leurs caprices, leur déconnexion de la réalité ou simplement par leur humour. « Office Blues » est une tranche de vie, décrivant la réalité à l’état brut. Je vous promets que rien n’est exagéré, même quand l’absurdité atteint son paroxysme !

Bienvenue dans un monde sans queue ni tête, où l’autodérision et la rigolade sont essentielles, où les langues parlées se mélangent, où les fous se donnent rendez-vous, où la politesse n’est pas souvent à l’honneur et où la finesse n’existe pas. Bref, bienvenue dans un joyeux bordel.

 

Jeudi 10 heures :

La matinée est étonnement calme, le téléphone reste muet, la porte demeure fermée et nous avançons notre travail en silence, au rythme de la playlist de la radio. On croirait à un miracle. Des journées comme ça, il n’y a pas assez, il faut savoir les apprécier. Si vous avez suivi les épisodes précédents (le numéro VI est juste là :Office Blues VI ), vous devez vous douter que cette quiétude n’est rien d’autre que le calme avant la tempête.

 

Jeudi 10 heures 30 :

Le téléphone résonne dans le silence du bureau, tel un mauvais présage. Crazy Mama décroche.

* Job Intérim Crazy Mama, bonjour.

Son interlocuteur se présente.

* Ah salut Dupoint. Tu vas bien ?

En entendant sa réponse, Crazy Mama fait les gros yeux et a l’air abasourdi.

* Comment ? Tu déconnes ?

Elle retient un fou-rire en mettant sa main devant sa bouche, hoche la tête plusieurs fois, promets à son interlocuteur qu’elle va faire de son mieux et raccroche, à la limite de l’hilarité.

* Alors celle-là, c’est la plus belle !

* Vas-y explique, j’ai bien besoin de divertissement, lui dis-je.

The Queen sort de sa grande concentration et penche la tête sur le côté de son ordinateur afin d’écouter le récit de Crazy Mama.

* C’était Dupoint de chez Napa SA (un client). Il leur a fallu deux bons mois pour le remarquer mais il leur manque un bus depuis la dernière saison de récolte. Ils avaient rien vu, celui qui devait les compter n’a pas fait son job. Mais ils ont remarqué ce matin, quand ils ont reçu une amende pour excès de vitesse en Allemagne !

* D’Allemagne ! s’exclame The Queen.

* Oui, tu m’as bien entendue.

* Ils se sont fait tirer un bus ? dis-je dans un éclat de rire.

* Oui ! me répond Crazy Mama, morte de rire. Du coup, vu que c’est en Allemagne, ils sont sûrs que c’est un des Polonais. Il faut que je regarde s’il y a un qui a terminé le boulot la veille ou le jour même de l’amende.

Elle pianote donc sur notre système de base de données, PAC, qui pour une fois fonctionne correctement. The Queen et moi-même restons scotchées aux lèvres de Crazy Mama, tellement curieuses de connaître l’identité du super gangster.

* Non, j’y crois pas ! C’est machin truc là, Pryzme euh Prywz, roh merde, l’autre qui a été amené par Le Roublard, celui qui est marié à une Polonaise !

* Non, lui ? Ce truc de dingue, j’aurais jamais cru. Il avait l’air tellement gentil, même s’il n’a pas sorti un mot mis à part deux phrases en polonais, je lui aurais donné le bon Dieu sans confession !

* Mais du coup le bus est en Pologne depuis deux mois, remarque The Queen, ils vont jamais le retrouver !

* Ouais ça va être chaud, répond Crazy Mama. Je vais appeler Dupoint pour lui donner le nom du gars et ensuite je contacterai Le Roublard, peut-être qu’il peut faire quelque chose.

Sans tarder, elle téléphone donc au client pour lui annoncer la bonne nouvelle tandis que nous nous remettons de cette nouvelle péripétie. On en voit de toutes les couleurs pourtant mais le vol de véhicule international, c’est la cerise sur le gâteau ! Du pain béni pour les clichés.

Dupoint réagit visiblement mal en apprenant l’identité du larcineur de l’Est et promet de mener l’enquête auprès de ses compatriotes restés en Suisse. Le délinquant aux faux airs d’enfant de chœur avait également, apprend-on, été attrapé en train de picoler sur son lieu de travail la veille de la disparition du bus et avait donc été renvoyé. Un Polonais prit la main dans le sac en train se rincer le gosier et qui se trouve être un criminel, venez pas me dire que les clichés ne sont jamais fondés !

Crazy Mama ne perd pas une minute et tape le numéro du Roublard. Il décroche rapidement et elle lui fait le topo. Il n’en croit pas ses oreilles, jure copieusement, explique que Super Gangster ne lui a pas donné grand-chose en retour de son aide mis à part de coups tordus mais que celui-là, c’est le sommet. Coup de bol, il vient d’arriver à Varsovie pour des vacances avec sa femme qui l’y attend depuis quelques jours. Il jure de retrouver Super Gangster et le véhicule volé.

Le reste de la matinée est largement agrémenté par les nouvelles de Pologne qui arrivent au compte-goutte. Le Roublard n’a pas fini de nous surprendre. Crazy Mama nous explique :

* Il a fait encore plus fort Super Gangster ! Le Roublard et sa femme ont une maison en Pologne et, quand elle arrivée là-bas toute seule il y a quelques jours, cet enfoiré s’y était installé avec sa nana ! La baraque est dégueulasse. Le type vole un bus et squatte chez les gens qui ont voulu l’aider. Il va falloir que tu revoies tes jugements sur ceux à qui tu donnerais le bon Dieu sans confession Superstar, me dit-elle.

* Ah ouais, loupage total de ma part. Ce bonhomme est un vrai traîne-patins.

* Et le bus, il est où ? interroge The Queen.

* La femme l’a vu devant la maison ! Elle a pas fait le lien sur le moment mais quand le Roublard lui a expliqué l’histoire, elle a tilté. En fait, elle a dû appeler les flics pour que Super Gangster et sa bonne femme sortent de chez elle ! Il m’a dit qu’il allait au poste de police local pour déposer plainte de la part de Napa SA. Il va appeler Dupoint directement. C’est l’histoire la plus dingue que j’ai entendue depuis que je bosse ici.

  • * Même Jacquouille en prison (c’était l’épisode V: Office Blues V), c’est pas aussi fou !

 

Jeudi 15 heures :

Nous apprenons que la police polonaise a repéré le bus, parqué dans un quartier résidentiel. Cependant, le véhicule était entouré par d’autres voitures et ils ont renoncé à essayer de le remorquer. Ils promettent d’y retourner le lendemain matin mais, de notre côté, on trouve la méthode assez pourrie. Super Gangster aura quinze fois l’occasion de se faire la malle jusqu’à ce que les flics daignent se bouger les fesses une nouvelle fois. Là encore, un vieux préjugé d’autorités corrompues se fait sentir.

 

Vendredi 9 heures trente :

Les gendarmes polonais ont autant de classe et d’efficacité que ceux de Louis De Funes à St-Tropez. Super Gangster a plié bagages, le bus avec lui. Napa SA désespère. A Job Intérim, on ne peut s’empêcher de s’amuser de la situation. Crazy Mama reçoit un coup de fil de Dupoint qui lui dit qu’il a interrogé les autres Polonais mais qu’aucun d’entre eux n’est au courant. La police de chez nous a été avertie et essaie de collaborer avec son homologue polonaise. Bonne chance à eux, nous, on prend les paris sur le temps qu’il faudra à Super Gangster pour repeindre son butin !

 

Vendredi 14 heures :

Un autre employé Polonais, maîtrisant le français et installé en Suisse depuis plusieurs années, fait son entrée dans le bureau. A la réception, Crazy Mama l’accueille et lui demande ce qu’elle peut faire pour lui.

* Il me faudrait la photo du type qui a volé le bus, dit-il avec son accent digne d’un agent du KGB à la recherche de Lech Walesa.

* Euh ouais, si tu veux. Pourquoi ?

* J’ai des problèmes à cause d’lui. Ils ont cru que j’étais dans le coup. J’ai rien fait moi ! J’ai des amis en Pologne, ils vont trouver le bus.

Crazy Mama et moi échangeons un regard intrigué. On se demande bien qui sont les « amis » de ce jeune homme. Alors oui, ça fait vilain cliché, encore une fois. Vous me direz que non, tous les Polonais ne sont pas mafieux ou voleurs, que ce n’est pas bien de penser comme ça. Si je ne vous arrête pas tout de suite, dans deux minutes vous me traiterez de xénophobe ignorante. Alors on se calme, mes petits canaris, et on lit comme il faut la suite de l’histoire.

Crazy Mama imprime la photo et note le nom complet de Super Gangster. Elle tend le document au grand Polonais en face d’elle et lui dit:

* Tu peux le reconnaitre au tatouage qu’il a sur le bras droit, il est assez grand.

En plaisantant, elle ajoute :

* Il est joli le tatouage, tu lui casseras pas ce bras !

Je rigole, l’ours de l’Est aussi mais sur un ton différent. Il sourit à Crazy Mama et ajoute, l’air le plus sérieux au monde, avec une intonation digne de Vladimir Poutine :

* Non, on lui cassera l’autre.

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